Nous sommes  attendus, comme redoutés. On écoute, on attend les SOS. 

Nous sommes derrière vous, dans le rétro.

Puis devant vous, entre deux coups d’essuie-glaces.  Le gyrophare  aggrave votre horizon, il brusque vos pupilles qui suivent la lente parade des embouteillages. 

Nous dépassons les files, armés de fièvre, de poches et de gants latex.

Nous sommes les redoutés, pris au piège nous chevauchons les bouchons pour aplatir la distance qui nous sépare  du dérapage.  Le temps se flétrit dans les gorges accidentées, en attente, à l’extérieur, ou à l’intérieur du véhicule. Entre le tableau de bord et le repose tête, vous vous sentez ENCASTRÉ.

Vos membres font corps avec l’intérieur cuir. C’est d’ailleurs la première fois que votre corps se courbe à contre-sens...  C’est la première fois que votre existence est mise en conserve comme une boîte de Corned-beef...  Vous aimeriez que votre cerveau ne s’en rende pas compte.

Nous courons. Toujours. Derrière l’urgence.  L’urgence ne se marchande pas, elle impose le délai, s’immisce dans notre visage, trace ses traits de fatigue à une vitesse déconcertante. Les contours de nos yeux forment deux volcans éteints que nous tentons d’allumer pour l’embauche nuptiale.   Notre chargement?  De l’oxygène.


Nous adaptons nos regards, nous restons conciliants, nous entraînons notre digestion aux situations les plus cocasses. Nous sommes la case que vous avez coché par inadvertance.Mais nous sommes peut-être votre chance.
Ou bien
votre relâchement.


Nous vous relevons les bras, le torse et les jambes, nous remboîtons, renversons, recomposons vos mâchoires, nous retournons vos yeux, nous repêchons votre langue, nous redressons votre tête, votre menton, nous tâtons vos poignets pour sentir la qualité de votre pouls, nous reformons le puzzle de votre conscience, puis nous vous rassurons.
-Non vous n’êtes pas le héros de cette sale histoire, pas encore.-

Évitez trop de remous en reprenant la route pour garder précis les gestes de  piqûre, l’arrière de l’ambulance vous détend jusqu’à la chambre -qui attend- ou la boîte numérotée troisième couloir du sous-sol.
Tout est organisé dans  notre engin pour qu’il ne soit pas votre premier corbillard.
Nous ne connaissons plus l’identité de la mort et de l’infortune:  elle arrive toujours sous différents visages.  Refaire les lacets, ranger le sein sorti maladroitement du col, sortir la crasse du bout des ongles, remettre en ordre le corps si proprement apprêté le matin pour lui redonner la dignité d’un SANS FAUTE.


Nous considérons une dernière fois les restes de l’autre: un corps lâché comme une marionnette à l’entracte dont de petites mains habiles auraient délaissé le jeu, qui laisse s’enfuir  sous notre regard le  petit bout d’âme, les relents de pets et d’ammoniaque...

Mais ce n’est pas terminé, nous conviendrons que tout cela n’a pas existé.


 

Octobre,

ma fortune

Forme longue théâtrale. 2018

Octobre, ma fortune, c’est l’histoire d’un accident de moto sur Kogelstraat.

C’est aussi l’histoire d’un billet de Loto gagnant. Quatre témoignages s’enchainent sous forme de monologues. Ils posent la question de l’accident qui à travers la chance ou la malchance, est regretté ou se collectionne.  

Octobre, ma fortune, c’est aussi des corps comprimés dans leurs gestes et leurs espérances, que parfois l’habitude contamine.